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Benoît XVI sur la Vie Cloîtrée

Le jour de la fête de Sainte Agnès, 21 janvier 2006, le Pape Benoît
XVI bénie les agneaux pour le pallium presentés par trois moines cisterciens, Dom Giacomo, abbé de Tre Fontane, à Rome, Fra
Ludovico de Tre Fontane, et Père Graham de Notre-Dame du Calvaire.
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La vie de saint Benoît
était plongée dans une atmosphère de prière, fondement central de son existence. Sans prière l'expérience de Dieu n'existe
pas. Mais la spiritualité de Benoît n'était pas une intériorité en dehors de la réalité. Dans la tourmente et la confusion
de son temps, il vivait sous le regard de Dieu et ne perdit ainsi jamais de vue les devoirs de la vie quotidienne et l'homme
avec ses besoins concrets. En voyant Dieu, il comprit la réalité de l'homme et sa mission. Dans sa Règle, il qualifie la vie
monastique d'"école du service du Seigneur" (Prol. 45) et il demande à ses moines de "ne rien placer avant l'Œuvre de
Dieu [c'est-à-dire l'Office divin ou la Liturgie des Heures]" (43, 3). Il souligne cependant que la prière est en premier
lieu un acte d'écoute (Prol. 9-11), qui doit ensuite se traduire par l'action concrète. "Le Seigneur attend que nous répondions
chaque jour par les faits à ses saints enseignements", affirme-t-il (Prol. 35). Ainsi, la vie du moine devient une symbiose
féconde entre action et contemplation "afin que Dieu soit glorifié en tout" (57, 9). En opposition avec une réalisation personnelle
facile et égocentrique, aujourd'hui souvent exaltée, l'engagement premier et incontournable du disciple de saint Benoît est
la recherche sincère de Dieu (58, 7) sur la voie tracée par le Christ humble et obéissant (5, 13), ne devant rien placer avant
l'amour pour celui-ci (4, 21; 72, 11) et c'est précisément ainsi, au service de l'autre, qu'il devient un homme du service
et de la paix. Dans l'exercice de l'obéissance mise en acte avec une foi animée par l'amour (5, 2), le moine conquiert l'humilité
(5, 1), à laquelle la Règle consacre un chapitre entier (7). De cette manière, l'homme devient toujours plus conforme au Christ
et atteint la véritable réalisation personnelle comme créature à l'image et à la ressemblance de Dieu.
A l'obéissance du disciple
doit correspondre la sagesse de l'Abbé, qui dans le monastère remplit "les fonctions du Christ" (2, 2; 63, 13). Sa figure,
définie en particulier dans le deuxième chapitre de la Règle, avec ses qualités de beauté spirituelle et d'engagement
exigeant, peut-être considérée comme un autoportrait de Benoît, car - comme l'écrit Grégoire le Grand - "le saint ne put en
aucune manière enseigner différemment de la façon dont il vécut" (Dial. II, 36). L'Abbé doit être à la fois un père tendre
et également un maître sévère (2, 24), un véritable éducateur. Inflexible contre les vices, il est cependant appelé à imiter
en particulier la tendresse du Bon Pasteur (27, 8), à "aider plutôt qu'à dominer" (64, 8), à "accentuer davantage à travers
les faits qu'à travers les paroles tout ce qui est bon et saint" et à "illustrer les commandements divins par son exemple"
(2, 12). Pour être en mesure de décider de manière responsable, l'Abbé doit aussi être un personne qui écoute "le conseil
de ses frères" (3, 2), car "souvent Dieu révèle au plus jeune la solution la meilleure" (3, 3). Cette disposition rend étonnamment
moderne une Règle écrite il y a presque quinze siècles! Un homme de responsabilité publique, même à une petite échelle, doit
toujours être également un homme qui sait écouter et qui sait apprendre de ce qu'il écoute.
Benoît qualifie la Règle
de "Règle minimale tracée uniquement pour le début" (73, 8); en réalité, celle-ci offre cependant des indications utiles non
seulement aux moines, mais également à tous ceux qui cherchent un guide sur leur chemin vers Dieu. En raison de sa mesure,
de son humanité et de son sobre discernement entre ce qui est essentiel et secondaire dans la vie spirituelle, elle a pu conserver
sa force illuminatrice jusqu'à aujourd'hui.
Avant l'Angelus du dimanche 19 novembre 2006, le Saint Père, Benoît XVI a prononcé les paroles
suivantes.
Chers frères et soeurs,
Après-demain, 21 novembre, à l’occasion de la mémoire liturgique
de la Présentation de la Très sainte Vierge Marie au Temple, nous célébrerons la Journée pro Orantibus, consacrée aux
communautés religieuses de clôture. Il s’agit d’une occasion particulièrement propice pour remercier
le Seigneur pour le don de tant de personnes qui, dans les monastères et les ermitages, se consacrent totalement
à Dieu dans la prière, dans le silence et retirées
du monde. Certaines personnes se demandent quels peuvent être le sens et la valeur de leur présence à notre époque,
où les situations de pauvreté et de besoin auxquelles il faut faire face sont nombreuses et urgentes. Pourquoi « s’enfermer
» pour toujours entre les murs d’un monastère et priver ainsi les autres de la contribution de ses capacités et de ses
expériences ? Quelle efficacité peut avoir leur prière pour résoudre les nombreux problèmes concrets qui continuent d’affliger
l’humanité ?
Et pourtant, aujourd’hui, suscitant souvent la surprise parmi leurs amis et leur entourage,
de nombreuses personnes abandonnent des carrières professionnelles souvent prometteuses pour embrasser la règle austère d’un
monastère de clôture. Qu’est-ce qui les pousse à faire un pas aussi exigeant sinon le fait d’avoir compris, comme
l’enseigne l’Evangile, que le Royaume des cieux est « un trésor » pour lequel il vaut vraiment la peine de tout
abandonner (cf. Mt 13, 44) ? En effet, ces frères et sœurs témoignent en silence qu’au
cœur des activités souvent frénétiques de chaque jour, le seul soutien qui ne vacille jamais est Dieu, rocher inébranlable
de fidélité et d’amour. « Todo se pasa, Dios no se muda » (Tout passe, Dieu ne change pas), écrivait la grande
maîtresse spirituelle sainte Thérèse d’Avila dans un de ses textes célèbres. Et face à la nécessité diffuse que ressentent
de nombreuses personnes, de sortir de la routine quotidienne des grandes agglomérations urbaines à la recherche d’espaces
propices au silence et à la méditation, les monastères de vie contemplative se présentent comme des « oasis » dans lesquelles
l’homme, en pèlerinage sur la terre, peut mieux puiser aux sources de l’Esprit et se désaltérer en chemin.
Ces lieux, par conséquent, apparemment inutiles, sont en revanche
indispensables, comme les « poumons » verts d’une ville : ils font du bien à tous, y compris à ceux qui ne les fréquentent
pas et en ignorent peut-être l’existence.
Chers frères et soeurs, rendons grâce au Seigneur,
qui dans sa providence a voulu les communautés de clôture, masculines et féminines. Que notre soutien spirituel et même matériel,
ne leur fasse pas défaut, afin qu’ils puissent accomplir leur mission, celle de maintenir vivante
dans l’Eglise l’attente ardente du retour du Christ.

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| Le Pape Benoît XVI salue Père Graham |
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